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Le « gasliting » une technique de manipulation mentale

Le gaslighting est une forme de violence Psychologique dans laquelle une personne ou un groupe de personnes vous convainc que vous avez la mémoire courte, que vous êtes trop sensible ou simplement fou afin de prendre le pouvoir sur vous. C’est une technique de manipulation mentale qui consiste à faire douter sa victime de sa raison.

Pour Christel Petitcollin, formatrice en communication et en développement personnel et auteure de nombreux ouvrages sur la manipulation, « le gaslighting est une malveillance extrêmement sournoise qui vise à faire passer l’autre pour fou. Le manipulateur affirme des choses à tort, nie des faits avérés. Et puis, parfois, il complimente sa victime, la félicite. Elle se dit alors qu’elle avait tort, et que cette personne ne peut pas lui vouloir de mal. La manipulation passe également par le non verbal. L’agresseur peut dissimuler ou casser des objets pour faire croire que l’autre perd la mémoire… », explique l’experte.

Le gaslighting ou gas-lighting, connu sous le nom de détournement cognitif au Quebec, est une forme d’abus mental dans lequel l’information est déformée ou présentée sous un autre jour, omise sélectivement pour favoriser l’abuseur, ou faussée dans le but de faire douter la victime de sa mémoire, de sa perception et de sa santé mentale. Les exemples vont du simple déni par l’abuseur de moments pénibles qu’il a pu faire subir à sa victime, jusqu’à la mise en scène d’événements étranges afin de la désorienter.

LE PROFIL DES MANIPULATEURS

Selon Christel Petitcollin, il s’agit là de manipulateurs hauts de gamme, complètement conscients de ce qu’ils font. « Ces gens sont des « passifs-agressifs« , c’est-à-dire qu’ils sont pleins de colère, mais qu’ils cachent leur hostilité. Ils avancent masqués, par le biais de petites vengeances, de petites agressions. Cela se pratique dans tous les milieux avec plus ou moins de finesse« , explique la spécialiste. Elle décrit ces manipulateurs comme des personnes immatures, semblables à des enfants dans la cour de récréation, qui prennent plaisir à maltraiter les autres. Et s’ils sont démasqués par leur victime, loin de s’arrêter, ils s’en réjouissent et jubilent car ils sont intouchables.

Le gaslighting est très régulièrement utilisé par le sociopathe. Les sociopathes sont des personnes qui, sur une base très régulière, exploitent les autres, n’ont pas de considération pour les intérêts d’autrui et transgressent les lois et les mœurs sociales. Mais lorsque ces derniers sont charismatiques ou bons menteurs, ils peuvent rester indétectés de leurs victimes et des autorités punitives, parfois même pris en flagrant délit. Pour y arriver, ils amènent leurs victimes à douter abusivement de leurs propres perceptions.

COMMENT CELA SE PASSE ?

Le gaslighting peut se dérouler dans la sphère privée où l’agresseur a alors carte blanche et agir en toute impunité. Cela peut-être votre partenaire, un parent, un patron ou même un dirigeant social ou religieux.

Exemples :

Votre partenaire peut souvent vous dire que vous imaginez des conversations dont vous savez qu’elles ont eu lieu afin d’éviter de parler du sujet. Au fil du temps, entendre à plusieurs reprises des informations selon lesquelles vous avez tort, vous êtes irresponsable ou le fait d’être blâmé pour des actes que vous n’avez pas commis.

Christel Petitcollin se souvient ainsi de l’une de ses patientes qui était harcelée par sa chef de bureau. Celle-ci lui avait pris ses lunettes en son absence mais clamait que ce n’était pas elle et qu’il était ridicule de l’accuser. Difficile d’aller se plaindre à qui que ce soit. Et puis, pourquoi les aurait-elle dérober ? Dans les faits, sa supérieure ne semblait pas avoir quoi que ce soit à lui envier : elle avait un meilleur poste, une vie de famille, une maison… De quoi faire douter l’employée.

Charlotte a connu cela avec son ex petit ami. « Ça se passait bien entre nous, Antoine était gentil et nous nous aimions. Mais peu après que nous ayons emménagé ensemble, j’ai commencé à avoir des doutes sur moi, sur ma mémoire. Je perdais souvent des choses. Comme je suis plutôt désordonnée et tête en l’air, j’ai pensé que ça venait de moi. Une fois, je l’ai attendu dans un café mais il n’est jamais venu. Il m’a dit que j’avais rêvé, que nous n’avions pas rendez-vous. Parfois, Antoine me disait que je lui avais demandé d’aller voir tel film au cinéma alors que je ne m’en rappelais pas. Il disait des choses à nos amis qui étaient fausses : que je songeais à changer de travail, que j’avais vu telle copine l’autre jour… J’étais complètement perdue. A force de preuves, j’ai compris que c’était lui qui avait un problème et je suis partie avant de devenir folle« , se souvient la jeune femme.

LE PROFIL DE LA VICTIME

« Ce sont des personnes humanistes, ouvertes, gentilles qui ne voient pas le mal. Elles aiment aider les autres et fuient les conflits. Or, ces manipulateurs détestent les gens optimistes, doués pour le bonheur et la joie car eux en sont incapables », analyse Christel Petitcollin. Un profil qui correspondait à l’employée de bureau harcelée par sa supérieure.

Les victimes de gaslighting peuvent se sentir sans valeur, sans espoir avec des croyances limitantes par exemple : je suis nulle, je ne mérite pas, je ne dois pas exister, je n’ai pas droit d’être aimé.

Elles répondent aussi à des injonctions : fais plaisir, sois parfait, soit fort, tais-toi, dépêche-toi/fais-vite, débrouille-toi (issue de l’Analyse transactionnelle d’Eric BERNE)

La victime peut se sentir seule face aux agissements de ce manipulateur. Celui-ci avançant généralement masqué, l’entourage ne s’aperçoit pas du problème.

CONSEQUENCES

Suivant les situations, le gaslighting peut avoir des répercussions importantes. « Les victimes peuvent développer des symptômes de stress post-traumatiques qui s’aggravent sur la durée. Elles peuvent avoir des troubles du sommeil, de l’alimentation, des angoisses, de la tachycardie, des maux de dos… C’est destructeur pour l’organisme », prévient Christel Petitcollin.

Comme toute violence, le gaslighting peut être source de stress extrême. Vous pouvez toujours vous sentir nerveux, tendu ou fatigué. Cela peut avoir une influence négative sur votre estime de vous et la confiance que vous placez en vous-même et les autres.

Vous pouvez penser que vous devriez toujours être sur le qui-vive, car à tout moment vous pouvez être accusé de ce que vous n’avez pas fait.

Par ailleurs, Christel Petitcollin déplore le manque de formation des psychologues face à ce sujet peu abordé à l’université. Les professionnels peuvent alors penser que la victime est paranoïaque et établir un mauvais diagnostic s’ils ne connaissent pas ces comportements-là.

COMMENT EN SORTIR ?

Pour vaincre cette manipulation mentale, vous devez voir les signes communs du gaslighting.

  • L’on vous accuse d’avoir des souvenirs erronés ou d’avoir inventé des choses qui se sont réellement produites.
  • Les tentatives de détourner ou d’éviter certains sujets.
  • L’on vous accuse d’avoir des réactions exagérées ou d’être trop sensible.
  • L’autre personne se comporte comme si elle ne comprenait pas ce que vous dites.
  • Le refus de discuter de son propre comportement.

Pour garder toute sa raison et se protéger contre ces manipulateurs en puissance, mieux vaut donc les fuir.

La solution pour que ces manipulations cessent, consiste, selon l’experte, à couper les liens. « L’agresseur se grise de ses abus qui deviennent une drogue pour lui. Il se sent tout-puissant. Cela ne peut aller qu’en s’aggravant« , ajoute la spécialiste.

Restez en sécurité. Il peut être difficile de mettre fin à une relation où vous êtes victime de violence et l’autre personne peut essayer de vous en empêcher. Essayez de créer un plan de sécurité pour ne pas risquer votre sécurité après votre départ.

Tenez un journal intime. Pour noter tout ce qui s’est passé et ce qui se passe encore pour vous protéger. Avec un tel journal intime, vous pouvez recommencer à faire confiance à votre bon sens et aux autres.

Cherchez une aide professionnelle psychologique : thérapeute, hypnothérapeute, ostéopathe, kinésiologue, associations d’aide aux victimes de relations toxiques, techniques telles que la méditation, la respiration profonde ou la visualisation mentale.

Comptez sur votre famille et vos amis.

Rejoignez un groupe de soutien.

Un film a été tourné en qui met en scène le « Gaslight » en 1944  par le réalisateur George Cukor. Il s’agit de l’adaptation de la pièce de théâtre Angel Street de Patrick Hamilton avec Ingrid Bergman.

Dans ce film américain, le mari fait douter son épouse de ses agissements à tel point qu’elle finit par s’inquiéter de sa santé mentale.

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